Une graine peut-elle vraiment devenir un bijou ?

À première vue, une graine appartient à la forêt.

Elle tombe d’un arbre, accompagne le cycle naturel d’une plante et semble bien loin de l’univers de la bijouterie.

Et pourtant, entre les mains d’artisans brésiliens, certaines graines peuvent connaître une autre histoire : devenir matière, couleur, texture… puis bijou.

Mais comment passe-t-on réellement de la graine à la création artisanale ?

Graines d’açaí et bois travaillées dans un bijou artisanal Borari

Avant de devenir bijou, chaque graine est une matière végétale

que l’artisan doit connaître, sélectionner et préparer.

Avant le bijou, il y a la matière

Lorsqu’on regarde un collier ou une paire de boucles d’oreilles réalisés à partir de graines, on remarque d’abord leurs formes et leurs couleurs.

Certaines sont rondes, d’autres allongées. Certaines présentent des tons profonds, d’autres des nuances plus douces. Et contrairement à une matière industrielle conçue pour être parfaitement régulière, une matière végétale porte naturellement ses propres variations.

Mais toutes les graines ne peuvent pas devenir des bijoux.

C’est une connaissance que possèdent les communautés et les artisans qui travaillent ces matières : ils savent quelles graines peuvent être utilisées, comment les sélectionner et surtout comment les préparer.

Une graine de pastèque ou de poivron, par exemple, n’a pas les mêmes caractéristiques que les graines traditionnellement choisies pour l’artisanat. Il ne suffit donc pas qu’une plante produise une graine pour que celle-ci puisse devenir une matière adaptée à la création d’un bijou.

C’est justement là que commence le travail de l’artisan.

Il ne s’agit pas de fabriquer une matière identique à des milliers d’exemplaires, mais de connaître et de composer avec ce que la nature offre.

Chaque graine doit être regardée, sélectionnée et préparée avant de pouvoir intégrer une création.

Peut-on simplement ramasser une graine et en faire un collier ?

Non.

Et c’est probablement l’une des choses les plus intéressantes à comprendre lorsqu’on découvre pour la première fois les bijoux réalisés à partir de graines.

Chaque type de graine demande une préparation adaptée.

Pour certaines, comme les graines de pau-brasil, les artisans versent de l’eau très chaude sur les graines avant de les laisser sécher longuement au soleil.

D’autres demandent un traitement différent. Les graines de morototó, par exemple, sont bouillies avant d’être à leur tour mises à sécher au soleil.

Pour d’autres encore, la préparation repose principalement sur l’eau chaude suivie d’un séchage prolongé.

Bijou artisanal en graines de morototó et saboneteira sélectionné par Amazonikaa

D’une graine à l’autre, la forme, la couleur et la préparation changent.

La connaissance de la matière fait partie du savoir-faire.

Ces gestes ne sont donc pas exactement les mêmes d’une graine à l’autre. C’est la connaissance de la matière qui permet de savoir comment la préparer.

L’utilisation de l’eau chaude ou de l’ébullition permet notamment de stopper la germination. Puis vient le temps du séchage au soleil, qui permet à la matière de sécher et de durcir avant les étapes suivantes.

Et ce traitement ne signifie pas nécessairement que la graine perd sa couleur naturelle. Le pau-brasil, par exemple, conserve sa teinte d’origine après sa préparation. Le morototó peut quant à lui conserver sa couleur naturelle claire.

Il peut ensuite connaître une autre transformation : certaines graines peuvent être de nouveau chauffées avec des matières végétales afin d’obtenir d’autres teintes.

La préparation n’est donc pas seulement une étape technique. Elle fait partie d’une connaissance plus large de la matière : savoir quelle graine choisir, comment la traiter, combien de temps la laisser sécher et comment ensuite la travailler.

Une graine n’est pas forcément une matière fragile

Le mot « graine » peut donner une fausse impression.

Parce qu’elle vient du monde végétal, on pourrait imaginer une matière extrêmement fragile, qui risque de se casser facilement ou de ne pas durer.

Mais lorsqu’une graine sélectionnée pour l’artisanat a été correctement préparée puis séchée, la matière devient dure et robuste.

Et il existe une étape qui permet de le comprendre très concrètement : le perçage.

Une fois les graines parfaitement sèches et prêtes à être travaillées, elles doivent être percées afin de pouvoir être assemblées.

Et elles le sont une par une.

L’artisan tient chaque petite graine entre ses doigts et utilise une perceuse munie d’une mèche très fine pour réaliser le passage destiné au fil.

Imaginez alors un collier composé de dizaines de graines.

Chacune d’entre elles a dû être sélectionnée, préparée, séchée, puis tenue et percée individuellement.

Le geste est minutieux. La graine est petite, la mèche également, et les doigts travaillent tout près de l’outil. Il faut donc de la précision, de la maîtrise et de l’attention.

Cette étape raconte aussi quelque chose que l’on ne perçoit pas forcément lorsque l’on regarde le bijou terminé : le temps contenu dans le travail manuel.

Jarina et tucumã travaillés artisanalement dans un collier brésilien

Une fois préparées et séchées, certaines matières végétales deviennent

suffisamment dures pour être percées, travaillées puis assemblées.

Puis vient l’assemblage

Après le perçage, les graines peuvent enfin être assemblées.

Elles sont enfilées une à une pour construire progressivement le bijou. Selon les créations et les artisans, différents fils peuvent être utilisés, notamment du coton — souvent ciré — ou du fil de nylon.

À ce stade, l’artisan compose avec les formes, les dimensions et les nuances des graines pour donner naissance au collier, au bracelet ou aux boucles d’oreilles.

Ce que nous voyons finalement comme un seul bijou est donc le résultat d’une succession de gestes réalisés sur de nombreux petits éléments.

Une graine.
Puis une autre.
Puis une autre encore.
Jusqu’à la création finale.

Une matière végétale faite pour durer

La préparation à l’eau chaude ou par ébullition, suivie d’un séchage prolongé, transforme l’état de la graine destinée à l’artisanat : la germination est stoppée et la matière sèche et durcit.

C’est très différent de l’image que l’on peut avoir d’une graine fraîche que l’on vient de retirer d’un fruit.

Une fois préparée, séchée puis travaillée, la graine utilisée dans le bijou est une matière végétale dure et résistante.

C’est d’ailleurs cette solidité qui permet ensuite à l’artisan de la percer et de l’intégrer à une création.

La graine ne reste donc pas dans l’état dans lequel elle se trouvait lorsqu’elle a été récoltée. Elle a été sélectionnée et préparée précisément pour pouvoir devenir une matière artisanale.

Quand les mains prennent le relais

Une fois la matière préparée, ce sont les gestes de l’artisan qui lui donnent une nouvelle destination.

Les graines sont choisies en fonction de leur forme, de leur taille, de leurs nuances et de la création imaginée.

Le travail artisanal demande de s’adapter à la matière plutôt que de lui imposer une uniformité parfaite.

Une petite différence de forme ou de teinte n’est donc pas nécessairement un défaut.

Elle peut être, au contraire, la trace de l’origine naturelle de la matière.

Des savoir-faire transmis

Les artisans partenaires avec lesquels travaille Amazonikaa sont issus de différentes régions du Brésil, notamment de l’Amazonie.

Pour de nombreuses communautés, l’artisanat constitue bien davantage qu’une activité de production.

Les techniques et les gestes se transmettent de génération en génération et participent à la continuité de savoir-faire et d’un patrimoine culturel vivant.

Les matières disponibles dans leur environnement — graines, bois, fibres végétales ou encore pierres naturelles — peuvent ainsi devenir le point de départ de créations contemporaines tout en conservant un lien avec leur territoire d’origine.

Derrière un bijou en graines, il y a donc plusieurs histoires qui se rencontrent : celle de la matière, celle du territoire et celle des mains qui l’ont travaillée.

Une autre manière de regarder un bijou

Dans la bijouterie conventionnelle, nous sommes habitués à penser immédiatement aux métaux et aux pierres précieuses.

Les créations réalisées à partir de matières végétales nous invitent à déplacer notre regard.

La valeur d’un bijou ne réside pas uniquement dans la rareté ou le prix de sa matière.

Elle peut aussi se trouver dans un geste, dans un savoir-faire, dans le temps consacré à sa réalisation et dans l’histoire culturelle qu’il contribue à transmettre.

Une graine, qui pourrait sembler ordinaire lorsqu’on la regarde isolément, prend alors une autre dimension.

Non parce qu’elle cherche à imiter une pierre précieuse.
Mais précisément parce qu’elle reste elle-même.

De l’Amazonie à l’Europe

C’est cette histoire qu’ Amazonikaa souhaite faire voyager.

Amazonikaa ne fabrique pas ces bijoux. La marque sélectionne auprès de ses artisans partenaires brésiliens des créations réalisées artisanalement, puis les fait découvrir en Europe.

Car derrière une matière que l’on connaît parfois très peu ici se trouvent des femmes, des hommes, des territoires et des savoir-faire.

Comprendre comment une simple graine peut devenir un bijou, c’est aussi apprendre à regarder autrement ce que l’on porte.

La prochaine fois que vous observerez un collier ou une paire de boucles d’oreilles réalisés à partir de graines, regardez-les d’un peu plus près.

Leur forme n’est peut-être pas parfaitement régulière.

Leur couleur peut légèrement varier.

Deux graines peuvent se ressembler sans être tout à fait identiques.

Et chacune d’entre elles aura été manipulée et travaillée individuellement avant de trouver sa place dans la création.

Oui, une graine peut devenir un bijou.

Mais pas n’importe quelle graine.

Avant d’arriver jusqu’à nous, elle aura été reconnue, sélectionnée, préparée, séchée, percée puis assemblée grâce à une connaissance de la matière et à une succession de gestes manuels.

Elle aura rencontré un territoire, l’eau, le soleil, le temps et surtout des mains capables de révéler ce que la nature avait déjà commencé.

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