Amazonie : la bataille pour ses richesses

Terres rares, niobium, élevage, agriculture… Derrière les intérêts économiques, quel avenir pour la forêt et les peuples qui l’habitent ?

Une forêt aux richesses convoitées

L’Amazonie est bien plus qu’une vaste étendue de végétation. C’est un territoire vivant, habité, où la forêt, les fleuves, les animaux et les populations entretiennent des relations étroites depuis des générations.

Mais aujourd’hui, ce territoire est au centre d’intérêts économiques considérables.

Ses richesses attirent les regards bien au-delà des frontières brésiliennes. Dans le sous-sol, des ressources minérales stratégiques suscitent l’intérêt des grandes puissances. À la surface, les terres sont convoitées pour l’élevage, l’agriculture industrielle et les infrastructures nécessaires à ces activités.

L’Amazonie se retrouve ainsi au cœur d’une question qui dépasse largement le Brésil : jusqu’où peut-on aller pour exploiter ses richesses ?

Terres rares et niobium : le Brésil, un géant mondial

Le Brésil occupe une position exceptionnelle dans le monde grâce à ses ressources minérales. Deux d’entre elles attirent particulièrement l’attention : le niobium et les terres rares.

Le niobium : le Brésil, premier producteur mondial

Échantillon naturel de pyrochlore, minéral contenant du niobium, présentant des cristaux brun foncé sur une matrice rocheuse claire. Photo de Rob Lavinsky.
Pyrochlore — minéral naturel contenant du niobium. Échantillon provenant de Russie. Photo : Rob Lavinsky, iRocks.com — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 3.0.

En 2025, le Brésil représentait environ 93 % de la production mondiale de niobium, soit près de 104 000 tonnes sur un total mondial estimé à 112 000 tonnes.

Aucun autre pays n’approche aujourd’hui ce niveau de production. Le Canada arrive loin derrière, avec un peu plus de 5 %.

Ce métal est principalement utilisé pour renforcer certains aciers, notamment dans la construction, l’industrie automobile, les infrastructures et les équipements de haute technologie.

La place dominante du Brésil dans cette production lui confère une importance stratégique sur le marché international.

Les terres rares : le Brésil possède les deuxièmes réserves mondiales

Cristal naturel de monazite brun orangé provenant d’Espírito Santo, au Brésil, contenant des éléments de terres rares. Photo de Rob Lavinsky.
Monazite — minéral naturel contenant des éléments de terres rares. Échantillon provenant d’Espírito Santo, Brésil. Photo : Rob Lavinsky, iRocks.com — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 3.0.

Pour les terres rares, la situation est tout aussi remarquable.

Avec environ 21 millions de tonnes de réserves estimées, soit près de 23 % des réserves mondiales connues, le Brésil occupe le deuxième rang mondial, juste derrière la Chine, avec environ 44 millions de tonnes, soit près de la moitié des réserves mondiales.

Cette richesse géologique place donc le Brésil parmi les pays les plus importants pour l’avenir de ces ressources stratégiques.

Les terres rares sont utilisées dans la fabrication de moteurs électriques, d’éoliennes, d’appareils électroniques, de systèmes de communication et d’équipements de défense.

Cependant, posséder d’importantes réserves ne signifie pas nécessairement les exploiter.

En 2025, la Chine assurait environ 69 % de la production mondiale de terres rares, contre seulement 0,5 % pour le Brésil.

Ce contraste montre l’ampleur du potentiel brésilien, mais aussi les choix industriels et économiques qui restent à faire.

Il faut également préciser que ces ressources ne sont pas toutes situées en Amazonie. Plusieurs gisements importants se trouvent notamment dans les États de Goiás et du Minas Gerais, tandis que d’autres zones de recherche existent dans la région amazonienne.

Le Brésil possède donc un patrimoine minéral d’importance mondiale, mais la manière dont il choisira de le valoriser reste une question essentielle.

Les États-Unis s’intéressent particulièrement à ces ressources, notamment pour réduire leur dépendance à la Chine, qui domine une grande partie de la chaîne mondiale de transformation des terres rares.

En 2026, la question des minerais stratégiques a pris une place importante dans les relations entre Washington et Brasília.

Mais les intérêts économiques internationaux ne concernent pas uniquement ce qui se trouve sous la terre.

Quand la forêt est détruite pour produire davantage

L’Amazonie est également convoitée pour ses terres.

L’élevage bovin représente l’un des principaux moteurs historiques de la déforestation amazonienne. De vastes surfaces de forêt ont été abattues pour laisser place à des pâturages.

L’expansion agricole exerce aussi une pression croissante. Le soja, le maïs et d’autres cultures alimentent les marchés nationaux et internationaux, notamment dans les secteurs de l’alimentation animale et des biocarburants.

Le soja sert notamment à fabriquer du biodiesel, tandis que le maïs peut être utilisé pour produire de l’éthanol.

Pour développer ces activités, des routes sont ouvertes, des arbres sont abattus et de nouvelles surfaces sont défrichées.

Mais il est important de nommer les choses pour ce qu’elles sont.

Lorsqu’une forêt est rasée pour installer des pâturages ou des cultures industrielles, elle n’est pas simplement transformée. Elle est détruite.

Ce ne sont pas uniquement les paysages qui disparaissent. Ce sont aussi des habitats naturels, des espèces végétales et animales, ainsi que des équilibres écologiques construits au fil du temps.

Et les conséquences dépassent les surfaces directement déboisées : fragmentation des habitats, perturbation des cours d’eau, dégradation des sols et pressions accrues sur les territoires voisins.

Selon MapBiomas, entre 1985 et 2025, le biome amazonien a perdu 54,7 millions d’hectares de végétation native. L’élevage et l’agriculture occupent aujourd’hui une part importante des terres défrichées.

Derrière les promesses de croissance et les bénéfices économiques, il existe donc un coût environnemental considérable.

L’Amazonie au cœur des enjeux électoraux

Les élections présidentielles brésiliennes d’octobre 2026 se sont déroulées dans un contexte de forte polarisation politique.

D’un côté, Luiz Inácio Lula da Silva, représentant la gauche. De l’autre, Flávio Bolsonaro, représentant la droite conservatrice.

Deux courants politiques opposés, mais au milieu de cette confrontation, un enjeu majeur : l’avenir des ressources naturelles brésiliennes, et notamment de l’Amazonie.

Même lorsque la forêt n’occupait pas directement le centre des débats électoraux, les décisions concernant l’exploitation des minerais, les terres agricoles et les règles environnementales étaient bien présentes derrière les orientations défendues.

Durant sa campagne, Flávio Bolsonaro a soutenu un assouplissement des restrictions environnementales et des partenariats stratégiques avec les États-Unis concernant les terres rares et les minerais critiques.

De son côté, Lula mettait davantage en avant la protection environnementale et la souveraineté du Brésil sur ses ressources.

L’intérêt américain pour les minerais brésiliens a également donné une dimension internationale à ces enjeux, dans un contexte de concurrence économique avec la Chine.

Mais quelle que soit l’orientation politique, une question demeure : l’Amazonie doit-elle être considérée avant tout comme un territoire à exploiter pour ses ressources, ou comme un espace vivant dont la protection doit guider les décisions économiques ?

Et les peuples autochtones dans tout cela ?

Au milieu de ces intérêts économiques et politiques, il existe une réalité que l’on oublie trop souvent : les territoires convoités sont aussi des lieux de vie.

Les peuples autochtones habitent l’Amazonie depuis bien avant la formation du Brésil moderne.

Leurs relations à la forêt ne se limitent pas aux ressources qu’elle peut fournir. Le territoire est aussi un espace de mémoire, de transmission culturelle, de connaissances et de vie collective.

L’expansion agricole, l’exploitation forestière illégale et certaines activités minières peuvent menacer directement leurs terres.

Dans la région du Tapajós, le peuple Munduruku dénonce depuis des années les conséquences de l’orpaillage illégal, notamment la destruction de zones forestières et la contamination des cours d’eau par le mercure.

En septembre 2026, des organisations munduruku ont publié de nouveaux rapports documentant la poursuite de ces activités illégales sur leurs territoires.

Ces peuples ne sont pourtant pas de simples spectateurs. Ils organisent leur propre surveillance territoriale, dénoncent les invasions et revendiquent leur droit à participer aux décisions qui concernent leur avenir.

La Constitution brésilienne reconnaît leurs droits originaires sur les terres qu’ils occupent traditionnellement.

Mais leur protection effective reste un combat permanent.

Car protéger la forêt sans protéger les droits des peuples qui y vivent serait ignorer une partie essentielle de l’Amazonie.

Une richesse qui ne se trouve pas uniquement sous terre

Le débat autour de l’Amazonie ne devrait pas se limiter à la quantité de minerais que l’on peut extraire ou au nombre d’hectares que l’on peut consacrer à la production.

La forêt possède déjà une valeur considérable.

Elle contribue à la régulation du climat, aux cycles de l’eau et au maintien d’une biodiversité remarquable.

Elle permet aussi des activités économiques qui ne nécessitent pas sa destruction : récolte de produits forestiers, utilisation de graines et de fibres végétales, artisanat et autres initiatives liées à la bioéconomie locale.

Ces activités ne représentent pas une solution unique à tous les défis économiques de la région. Mais elles montrent qu’il existe d’autres façons de créer de la valeur.

La véritable question n’est donc pas de choisir entre une Amazonie protégée et une Amazonie capable de produire des revenus.

Elle est de savoir comment développer des activités économiques sans sacrifier ce qui fait la richesse irremplaçable de ce territoire.

Pourquoi cette question me concerne

En tant que femme amazonienne, originaire d’Alter do Chão, territoire Borari dans l’État du Pará, je suis particulièrement sensible à ces enjeux.

Je ne suis pas opposée au développement économique. Mais je défends une approche qui respecte la forêt dans son ensemble, les peuples qui y vivent et leurs droits sur leurs territoires.

À travers Amazonikaa, je cherche à faire connaître les savoir-faire artisanaux et à soutenir un commerce plus équitable, respectueux du travail des artisans.

C’est une contribution modeste, mais elle correspond à mes convictions.

Je refuse que l’Amazonie soit considérée uniquement comme une réserve de terres à défricher ou de minerais à exploiter.

Parce qu’au-delà des intérêts économiques, des ambitions internationales et des affrontements politiques, une conviction demeure :

La forêt vaut bien plus que l’argent que sa destruction pourrait rapporter.

Amazonikaa

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